PARAKART
La plus belle course du monde
Les 11, 12 et 13 octobre 2002, sur un circuit situé à l’extrême sud-ouest de l’Europe, se déroula le premier Trophée International de Karting pour Handicapés. Près d’une trentaine de concurrents, pour la plupart paraplégiques et venant de 9 nations différentes, y participèrent (Allemagne, Angleterre, Italie, Suisse, Hollande, Portugal, Irlande, Israël, USA). Parmi eux, d’anciens pilotes de rallye et de motocyclisme victimes de leur passion, un double médaillé d’or de ski alpin aux jeux paralympiques de Nagano, des combattants de la guerre des 6 jours ou encore, des parachutistes tombés sous les bombes de l’IRA associés à d’infortunés amateurs ayant croisé un jour la route de la malchance et qui n’auraient jamais cru, vu leurs problèmes physiques, pouvoir vivre un jour ce rêve éveillé.
Ce livre raconte tout le travail effectué durant près d’un an pour rendre cet événement possible ainsi que le déroulement de cette course hors du commun, replète de générosité, de solidarité et de moments d’intense émotion. Pour aider à sa réalisation, une centaine de bénévoles venants de sociétés, d’associations ou de clubs ainsi que des pilotes confirmés apportèrent leur aide sur le terrain durant les 3 jours de l’épreuve.
Le PARAKART dépassa toutes les espérances. Les télévisions, radios et presse écrite nationale le divulguèrent dans tout le pays et des revues spécialisées publièrent des articles à son sujet dans le monde entier.
Le rendre possible ne fut pourtant pas chose facile. Il fallut faire face à certaines contraintes : les modifications techniques sur les machines utilisées, des karts à deux moteurs proches de ceux qui sont utilisés en compétition, et les questions de sécurité qui, vu le caractère particulier des participants, se devaient d’être sans faille. Grâce à des solutions novatrices et l’aide de professionnels dévoués, ces critères, loin d’êtres insurmontables, furent résolus. Les vrais problèmes vinrent d’ailleurs.
Réaliser une manifestation sportive entièrement dédiée aux handicapés peut paraître chose facile. C’est du moins ce que pensaient les organisateurs. C’était sans compter sur les mentalités, les systèmes institutionnels et surtout, les sacro-saintes fédérations qui régissent les sports mécaniques en général. Dans ces domaines-là, l’hypocrisie et la discrimination existent bel et bien. Aucun doute là-dessus car ils durent bien souvent y faire face.
Au-delà de cette course dérangeante et de la vie sur un circuit, ce sont tous les problèmes et les injustices que rencontrent les personnes atteintes de handicap, au jour le jour sur notre planète, que cet ouvrage aborde. Les handicapés représentent près de 10% de la population mondiale et pourtant, ils continuent souvent à être des exclus parmi les exclus.
Le combat fut inégal et perdu d’avance mais, malgré cela, le PARAKART eu quand même lieu. Les sanctions tombèrent par la suite car il n’est pas bon d’affronter ceux qui dictent les règles. Qu’importe ! Le Trophée se déroula de manière exemplaire et fit le bonheur de tous ceux qui y participèrent, leur donnant, durant un bref instant, l’espoir qu’il y en aurait beaucoup d’autres. Une nouvelle voie allait peut-être enfin s’ouvrir dans un domaine où, jusqu’à présent, peu d’entre eux avaient accès. Ils ne savaient pas, hélas, à quel point ils se trompaient.
En 2003, une tentative de réalisation officielle du PARAKART, en accord avec la fédération, fut initiée. Elle se solda par un échec total et dû être annulée au dernier moment par manque de participation. À l’heure actuelle, le Parakart 2002 reste la seule épreuve motorisée de vitesse sur circuit pour handicapés jamais réalisée. Il risque de garder ce titre fort longtemps, du moins tant que l’on ne changera ni les mentalités, ni les règlements sportifs qui, après tout, sont conçus par des hommes valides pour des hommes valides…

Quelques extraits:
"Nous allions être confronté à deux sortes de handicaps. Le premier, plus facile à traiter, concernait les personnes victimes d’accidents ou de maladie diminuant ou éliminant totalement l’usage d’un ou de plusieurs membres. Dans cette catégorie entraient également les amputés. Pour ceux là, pratiquement pas de problèmes de maintien de la position de conduite. À partir du moment où ils avaient des commandes manuelles à leur disposition, ils pouvaient manier un kart en toute aisance.
Par contre pour les paraplégiques, qui représentaient plus de 50 pour cent des inscrits, la situation était plus compliquée. Incapables de maîtriser la partie inférieure de leur corps, sinon plus suivant le degré d’infirmité, il fallait sécuriser ces membres hélas inertes qui allaient être soumis à la force centrifuge et probablement à des chocs pouvant venir de n’importe quelle direction. Qui plus est, leur insensibilité faisait qu’en cas de traumatisme violent le conducteur pouvait parfaitement être incapable de déterminer s’il était blessé ou pas. Pour faire face à toutes les éventualités nous devions même envisager le pire, c’est à dire la possibilité, quoique rare, que le kart fasse un tonneau et que le pilote se retrouve coincé dessous. Les moyens utilisés devaient, en plus d’être surs, pouvoir se neutraliser en une fraction de seconde pour que le conducteur lui-même, sans l’aide des membres de l’assistance, puisse s’extraire rapidement en cas d’accident. Toute cette préparation, étudiée pendant des mois en collaboration avec David et Hans, avait porté sur trois grands points principaux".
"Le destin, ce jour là, en a décidé autrement, hélas, sous la forme, au kilomètre soixante trois, d’une dune qui ne figure pas sur le petit livre de bord. Débouchant comme un boulet de canon au sommet de l’énorme masse de sable, le puissant tout-terrain se retrouve face à une pente vertigineuse qui plonge presque à pic d’une hauteur de trente mètres. Le Strakar, emporté par son élan, décolle littéralement du sol et, après une chute vertigineuse, va heurter de plein fouet le sol en contrebas. Sous la violence du choc, le moteur recule, le châssis et l’arceau de sécurité se tordent tandis que la voiture part dans une série de tonneaux en laissant dans son sillage une multitude de débris de métal et de plastique qui rebondissent dans tous les sens. Derrière, c’est l’hécatombe. Trop près pour pouvoir réagir à temps, les autres participants subissent le même sort."